En soirée, nous atteignons la limite sud de notre croisière, Assouan, ville célèbre pour ses deux barrages et son magnifique temple Philae. Le lendemain, en route vers Philae, nous nous arrêtons au premier barrage dont la construction a été financée par les britanniques. Implanté au sud d’Assouan, à hauteur de la première des six cataractes du Nil, il était destiné à permettre l’exploitation de terres arables et arroser les champs de coton. Le coton à peine cueilli était ensuite exporté en Angleterre afin d'être tissé. Inauguré en 1902, long de 2,5 km, il fut rehaussé et épaissi à deux reprises, entre 1907 et 1933, submergeant au passage la région de la Basse-Nubie sur 295 km.
Malgré une politique drastique de régulation des naissances en Égypte, le point d’équilibre est atteint au début des années cinquante avec une croissance démographique qui atteint 3% par an. Il devient alors impératif pour la survie d’une population, qui venait de franchir le cap de 50 millions, d’assurer une irrigation pluriannuelle pour assurer un rythme de trois récoltes par an. Plutôt que d’élever une nouvelle fois l’ouvrage originel, le projet de construction d’un nouveau barrage est entrepris dès 1946 mais n'aboutit qu'en 1971. De nos jours, l’utilité du « Old Dam » (vieux barrage) est réduite à la production d’électricité et à la régulation du haut barrage lors des périodes de fortes crues. Ce nouveau barrage en amont d'Assouan a créé un immense lac artificiel, le lac Nasser, nommé en l'honneur du Président de l'époque, et qui couvre une superficie de 60 000 km2 sur 400 km de long. Le barrage mesure près d'un kilomètre de largeur à sa base, 111 mètres de hauteur et 3,8 km de longueur au sommet. Malgré tous les bienfaits apportés par le barrage, des effets négatifs sont apparus : arrêt du limon fertilisant en aval, érosion accrue des berges et du littoral, salinisation du delta, etc. Cet ouvrage a entraîné l'immersion des terres sur plus de 500 km, c'est-a-dire presque la totalité de la Nubie. On estime à 100 000 le nombre de Nubiens qui ont dû quitter leurs terres. Plusieurs bâtiments ont été déplacés dont les temples d'Abou Simbel et de Philae. Depuis quelques années, les Nubiens revendiquent la rétrocession d'une partie de leurs terres.
| Haut barrage d'Assouan |